Pourrais-tu s'il te plaît, dire aux nuages que les oiseaux volent trop haut pour moi? Qu'ils prennent trop de liberté & que je n'apprécie pas. Pourquoi m'ignorent-ils à ce point? Ils sont si loins, si beaux, si hauts. Ils ne me voient pas? Ils ne remarquent donc pas comme il fait froid chez moi? Si c'est comme ça j'emprisonnerais leurs plumes dans mes yeux. Debout sur la table du jardin, je les regarde faire la course sur un fond de ciel bleu. Aucuns nuages, je tourne et je tourne. Impossible de m'arrêter. Je suis comme dans un manège dont on aurait cramé le bouton d'arrêt. Le cheval sur lequel je suis si bien accrochée se décolle du tourniquet, nous nous envolons. Nous survolons les ville & les nuages flottent sous nos pieds, puis les montagnes et les vallées. Pendant des heures. Le temps passe lentement, il me laisse goûter à la liberté, n'avance plus... Pas de lois pas d'horraire, pas d'appreils mais que du rêve. Un rêve tellement exquis, celui auquel j'aurai naïvement mêlé oubli et envie. Je retombe en enfance. Le rêve, auquel j'aurai goûté durant quelques minutes, quelques années, sur une de ces quelconque tables, dans un tout petit jardin. Si loin, si loin. Je m'envole à jamais, j'en suis persuadée. Mon beau cheval en bois, je dois te dire que tout me semble si leger. Je suis comme appaisée, j'ai l'impression de pouvoir respirer! Le vent m'assèche les yeux, mais je pleure. Le vent aspire mes larmes au fur et à mesure qu'elles roulent sur mes paumettes glacées. Je vais tomber, mon cheval. Mon beau cheval. Un coup de vent trop brusque vient interrompre mon voyage. A présent les montagnes ne sont plus que de vagues silhouettes. Je glisse sur le côté, je sens cet air si frais qui me traverse le coeur. Pas le temps de me raccrocher, pas le courage, je suis paralysée. Pendant ma chute il se passe quelques minutes, je le vois qui s'éloigne, je flotte dans la brume, et je descend si doucement. Les montagnes je ne les vois plus, et le ciel, non plus. C'est étrange. Il m'a abandonné? Comme les oiseaux? C'est fini. J'aperçois le sol à présent, seulement quelques mètres qui nous séparent. Ma gorge se noue, je suffoque. J'ouvre lentement les yeux. Ici les murs sont d'un blanc éclatant. Une dame vêtue de blanc elle aussi, qui me tourne le dos. J'ouvre plus grand les yeux, une fine chemisette recouvre mon corps nu, que je ne sens plus. Je cherche des yeux mon cheval de bois. Et le vent? Il n'est plus là pour essuyer mes larmes. Seul mon corps est là. Il tente de prendre sur moi. Cette table dans le ciel, ces oiseaux qui m'apellent! Ce tourni qui m'envahi... Je veux y retourner. Les oiseaux sont des lâches.
Je respire, enfin. Après six ans de coma.____________________________________________________________________________________________Le gif n'a rien à voir xD